LA CRÉ
Historique de l'organisation

Au début des années 1960, les gens de l’Abitibi-Témiscamingue s’aperçoivent qu’ils sont loin des prises de décisions politiques, économiques et sociales qui les touchent. Il leur semble que de pouvoir les discuter, les partager et les modifier, si nécessaire, fait partie de leur rôle de gens responsables à qui l’on doit faire confiance parce que la réalité régionale les concerne.

Le territoire est immense. Il comprend non seulement la région de l’Abitibi-Témiscamingue, telle qu’on la connaît actuellement, mais aussi ce qu’on pourrait appeler le moyen Nord-Ouest québécois. En fait, ce territoire touche le parc La Vérendrye, se rend au-delà de Matagami et va plus loin que le lac Opémisca, près de Chibougamau. Il suit vers le nord la rivière Turgeon, même après Saint-Euphrème-de Paradis. Il descend le lac Témiscamingue jusqu’à la rivière des Outaouais. Pas étonnant que des différences se fassent sentir par endroit.

Les premiers pas de la concertation avec le CERNOQ (1964-1973)

Chacun sait qu’il y a des divergences, des points de vue qui attendent de se rencontrer sur un territoire si immense. C’est ainsi que le 15 novembre 1964 naît le Conseil économique régional du nord-ouest du Québec (CERNOQ). L’assemblée générale de fondation a lieu à l’Hôtel Château Windsor de Rouyn. C’est un moment important dans l’unité et la cohésion des idées à l’échelle régionale. Ce sont les premiers pas de la concertation.

Un mandat précis se dégage : créer une mission de planification pour la région. Cette année-là est créée la Conférence administrative régionale, qui regroupe les responsables des principaux ministères actifs sur le territoire. La première subvention arrive au CERNOQ le 17 juillet 1965 en provenance du ministère de l’Industrie et du Commerce de l’époque (5 000 $). Le premier directeur général est embauché en 1967.

L’arrivée du CRDAT

En 1971, le CERNOQ devient le Conseil régional de développement de l’Abitibi-Témiscamingue (CRDAT). Deux femmes s’avancent, pour la première fois, au conseil d’administration de l’organisme. En 1973, une première marque l’histoire avec l’élection d’une femme à la direction générale de l’organisme. Elle y restera jusqu’en 1981.

Au cours des dix premières années de vie de l’organisme, plusieurs dossiers sont traités. On parle d’amélioration des services aériens et de l’état des routes, surtout avec la traversée en auto du parc La Vérendrye. Le dossier des mines fait partie des préoccupations à la suite de la fermeture de quelques-unes d’entre elles. C’est en même temps une prise de conscience de la fragilité de notre économie face à cette ressource. On songe à la création de sociétés forestières, à l’obtention et à l’exploitation de territoires de coupe, à la reconnaissance de notre potentiel touristique. On discute d’image régionale et de la nécessité d’améliorer les sources de référence quant à l’information véhiculée par les médias. On fonde un comité en lien avec le développement de la Baie James et on se préoccupe des paroisses marginales. D’agent économique, le CRDAT devient aussi agent social.

L’instauration des outils de développement (1974-1980)

Pendant cette période, le CRDAT se dote d’outils de développement. Les dossiers prennent de l’ampleur. On appuie entre autres les revendications des intervenants du monde forestier et on soutient l’idée d’une consultation sur le nouveau plan de gestion des forêts. On se porte à la défense de l’agriculture et on veut développer l’agroalimentaire dans la région. On fait des mises en garde relatives à l’amélioration du transport ferroviaire et par autobus. On soumet divers mémoires liés au transport aérien. On intervient en regard de la hausse des tarifs de Télébec ainsi que dans le cadre des dossiers Radio-Nord, TVA Télé-métropole et Radio-Québec. On s’attarde au contenu et à la distribution des journaux de la région et d’ailleurs.

Conscientisation de l’identité régionale (1981-1986)

C’est la période « toupie ». Tout bouge dans la mouvance du Choix des régions, projet gouvernemental d’une forme de régionalisation. En Abitibi-Témiscamingue, on assiste à la mise en place de trois municipalités régionales de comté en 1981 : Rouyn-Noranda, Témiscamingue et Vallée-de-l’Or. En 1982, c’est en Abitibi-Ouest que ça se passe alors que pour l’Abitibi, l’année 1983 marque l’arrivée de la cinquième MRC de la région.

Du côté du CRDAT, on organise des colloques sur l’agriculture et sur l’avenir des forêts. On dialogue sur l’aide accrue aux PME, les retombées économiques liées au développement de la Baie James et on fouille la question des actions accréditives à l’exploration minière. On fait aussi des efforts pour rapatrier dans la région la direction La Grande Rivière d’Hydro-Québec. On prépare le premier Sommet socioéconomique de l’Abitibi-Témiscamingue, prévu pour 1987, et on fait la promotion de la région par le biais d’un comité régional. C’est une période chaude, intense pour l’identité régionale. En 1986, les membres du CRDAT élisent pour la première fois une femme à la présidence.

Consolidation de la concertation (1987-1992)

Les interventions se multiplient. Le Sommet socioéconomique organisé en 1987 est à l’origine d’une approche globale naissante du développement de la région. L’ensemble des projets qui y ont été soumis se répartissent dans plusieurs thématiques : l’économie, le social et le culturel, les femmes, le transport, l’environnement, etc. Cette importante activité aura eu le mérite de placer les attentes de la région et des territoires et de comprendre les divergences, les inquiétudes et les espoirs.

C’est également à cette époque que le CRDAT intervient sur des dossiers importants pour la collectivité régionale. Par exemple, on s’intéresse à la desserte de la région par autobus, à l’intensification des travaux du Comité de promotion de l’Abitibi-Témiscamingue et à la promotion des produits agroalimentaires de la région. On intervient afin de préserver la desserte ferroviaire et on crée un comité dont l’objectif est lié au développement nordique. En 1992, la région recherche ses lendemains apprivoisés. On dresse l’état de situation et on prépare le premier plan stratégique de développement de l’Abitibi-Témiscamingue.

La réforme Picotte et l’âge d’or du CRDAT (1993-2003)

Le premier plan stratégique de développement de l’Abitibi-Témiscamingue est adopté en 1993. La réforme Picotte accentue le rôle du CRDAT et l’autonomie de la cinquantaine de membres de son conseil d’administration. Le gouvernement de l’époque convient que le CRDAT est désormais sont interlocuteur privilégié pour la région. Des fonds substantiels sont alloués au développement des priorités. Ils permettent de soutenir et de catalyser le développement de la région et de ses territoires de MRC à travers des projets ayant l’aval du milieu. C’est aussi l’ère des premières ententes spécifiques, la première touchant les lots intramunicipaux.

À la suite de la révision de la politique de développement régional et local du gouvernement du Québec, le CRDAT se lance dans l’aventure pour un deuxième plan stratégique de développement. Il couvre la période 1999-2003 et fut adopté en novembre 1998. Les dossiers traités au cours de cette période sont de tous ordres. On assiste entre autres à un virage en faveur du développement social où des attentions particulières sont portées envers les personnes : forum régional jeunesse, tables des aînés, immigration. On met aussi en valeur les relations avec les algonquins, les services de garde et le support aux artistes. On se dote de structures comme l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue et le Comité de maximisation des retombées économiques de la Baie James. Un vaste plan de transport voit le jour. La place de la ruralité dans les débats et les discours prend de l’ampleur et les municipalités embauchent des agents affectés à cette cause. Les institutions d’enseignement supérieur font l’objet d’un support particulier en appuyant la création de plusieurs unités et de chaires de recherche. Divers fonds régionalisés sont mis en place : fonds tourisme, fonds de développement régional, fonds de diversification économique, fonds jeunesse, etc. La région peut ainsi bénéficier de fonds répondant en quelque sorte à ses aspirations.

Une vision régionale qui se structure (2004 à 2011)

À la suite de l’adoption en 2003 d'une nouvelle législation, le CRDAT cède sa place à la Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue qui se réunit pour la première fois en avril 2004. Le nouvel organisme se voit confirmé comme interlocuteur privilégié du gouvernement du Québec et en tant que responsable du développement et de la concertation en Abitibi-Témiscamingue.

Le début de cette période a nécessité une grande confiance quant au rôle pouvant être joué par la Conférence régionale au regard de la cohésion sociale sur le plan régional. L’héritage de multiples années d’interventions et d’actions aura donc guidé les pas pour la mise sur pied d’un organisme respectueux de l’identité des territoires, qui travaille dans l’intérêt du bien commun et qui valorise la participation des partenaires dans les dossiers de développement ou les prises de position régionale.

De belles réussites témoignent de la faculté des gens de chez nous à construire des projets novateurs et mobilisateurs comme le réseau large bande, dossier ayant permis un rapprochement avec les communautés anishnabes, et la mobilisation autour de l’organisation en Abitibi-Témiscamingue de centres d’appels. La volonté de rester près des leaders des territoires se note à travers le soutien à des tables de concertation régionales en charge de réfléchir et de porter un jugement favorable aux intérêts de la région. Économie sociale, développement économique, tourisme de plein air, support aux artistes, personnes aînées, familles, conditions de vie des femmes, immigration, archéologie, transport, faune, avenir de la forêt et des mines, environnement, aires protégées puis gestion intégrée des ressources et du territoire sont tous des dossiers ayant fait l’objet d’une attention particulière, le tout au profit des générations à venir. L’angle du développement durable prend également de plus en plus d’espace dans les façons de concevoir le développement régional. Le troisième plan stratégique de développement de l’Abitibi-Témiscamingue, couvrant la période 2007-2011, met d’ailleurs l’accent sur cette vision longitudinale puisqu’on y retrouve l’énoncé d’espoirs projetés jusqu’en 2027.

Deux importantes crises se succèdent à compter de 2005, fragilisant l’équilibre de certaines communautés. L’une touche la forêt, l’autre l’agriculture, deux piliers importants de l’économie. La région, souhaitant plus que jamais pouvoir se prendre en main, met en place une commission forestière, élément clé d’une gestion régionalisée de cette ressource. Le gouvernement fait également des avancées en ce sens avec le transfert du Bureau de l’exploration géologique du Québec et de Soquem, la reconnaissance de créneaux d’excellence (techno-mines souterraines, bois de construction, bœuf élevé en conditions nordiques).

Pour sa part, la Conférence régionale dépose une proposition de régionalisation concoctée avec divers ministères. Elle active des commissions dont une sur l’économie, une sur la ruralité et une touchant la valorisation régionale, l’attraction et l’enracinement. Les ressources hydriques font l’objet d’une attention soutenue. L’engagement de la Conférence régionale va également en faveur d’une multiplication de la recherche au sein des institutions d’enseignement supérieur de la région. Des rapprochements se font sur le plan de l’entrepreneuriat avec le déploiement et la rénovation des installations hydroélectriques dans le nord du Québec et en Abitibi-Témiscamingue de même qu’avec l’élaboration d’une stratégie visant l’implantation d’une culture entrepreneuriale. Enfin, les préoccupations se portent également sur l’exploitation de la ressource minérale, notamment au regard des mégas productions à ciel ouvert, dossier ayant fait l’objet de plusieurs échanges et débats dans la région.

Pour consulter la Loi sur le ministère des Affaires municipales, des régions et de l'occupation du territoire qui encadre les conférences régionales à travers la province, suivre ce lien.


Carte à télécharger


Le nord de l'Abitibi, 1950-1987 L'Abitibi-Témiscamingue


La présidence au fil du temps

Conseil régional de développement de l’Abitibi-Témiscamingue :

  • Albert Alain (1964-1966)
  • Jean-Louis Carron (1966-1968)
  • Hilaire Boissé (1968-1971)
  • J-Armand Brassard (1971-1973)
  • J.O.R. Rochon (1973-1977)
  • Alain Gourd (1977)
  • Donald R. Murphy (1977-1979)
  • Jean-Guy Cotnoir (1979-1980)
  • Claude P. Bigué (1980-1981)
  • Rémy Trudel (1981-1982)
  • Réal Roy (1982-1983)
  • Roméo Julien (1983-1984)
  • Roger A. Gauthier (1984-1985)
  • Philippe Barette (1985-1986)
  • Jeannette Dupuis-Lessard (1986-1987)
  • Marcel Jolin (1987-1989)
  • Philippe Saint-Georges (1989-1990)
  • Gérald Lemoyne (1990-1992)
  • Marcel Massé (1992-1994)
  • André Brunet (1994-1999)
  • Aline Sauvageau (1999-2002)
  • Diane F. Raymond (2002-2004)

Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue :

  • Jean-Maurice Matte (2004-2008)
  • Jean-Pierre Charron (2008-2009)
  • Ulrick Chérubin (2009-2013)
  • Jean-Maurice Matte (2013-2015)

La direction générale au fil du temps

Conseil régional de développement de l’Abitibi-Témiscamingue:


J.-Hervé Fortin (1966-1968)
Roger Guy (1968-1971)
Jacques Vézeau (1971-1973)
Denise Plamondon (1973-1981)
Denis Dufour (1981-1988)
Jean Cotten (1988-1990)
Marcel Jolin (1990-1993)
Guy Lemire (1993-2005)

Conférence régionale des élus de l’Abitibi-Témiscamingue

Guy Lemire (2005)
Martine Rioux (2005-2010)
Luc Bélisle (2011-2015)